mercredi 28 août 2019


Marie-Claire Blais
À l’intérieur de la menace
Montréal, PUM, 2019, 136 p., 19,95 $ (papier), 13,99 $ (numérique).

Serge Truffaut
La présidence de Trump : dans l’antichambre d’un fou
Montréal, Somme toute, 2019, 312 p., 29,95 $.

« Dans l’antichambre d’un fou »

Je me refusais d’écrire sur le 45e président des États-Unis, car le moindre mot à son sujet met ce Narcisse en relief. Or, deux essais parus récemment ont remis en question ma position. Il y a d’abord eu À l’intérieur de la menace, un essai sociopolitique de l’écrivaine Marie-Claire Blais qui a reçu le prix de la revue « Études françaises 2019 ». Puis, l’enquête journalistique de Serge Truffaut, La présidence Trump : dans l’antichambre d’un fou (Somme toute, 2019).


Un même sujet, deux points de vue semblables, la différence étant dans le traitement littéraire. M.-C. Blais réfléchit sur les faits et leurs conséquences alors que S. Truffaut fait le suivi, au jour le jour, depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de l’ineffable locataire, en janvier 2017.
L’écrivaine fait des liens entre des décisions ou des attitudes du Président et leurs effets sur la planète politique, états-unienne et internationale. Quant au journaliste, il rapporte les événements, les met en perspective du contexte où ils se sont produits et le bouleversement du paysage de la politique américaine qui en résulte, soit « l’énorme gâchis que ce président laissera en héritage sur les plans environnemental, international, social et juridique, entre autres. »
Marie-Claire Blais vit à Key West depuis de nombreuses années. L’essai ici recensé, un « prolongement des Carnets américains, enregistre, à la manière d’un sismographe affolé, les soubresauts de l’ère Trump, du scandale des enfants migrants séparés de leurs parents à la frontière du Mexique à la nomination du juge Kavanaugh à la Cour suprême. L’autrice pose le même regard généreux et inquiet sur un monde ébranlé et dangereux, avec le même souci des opprimés, la même langue au service d’une urgence devant laquelle elle ne peut se taire. Exprimant d’un même souffle l’indignation, la colère, la consternation et l’angoisse de l’avenir, elle fait surgir des images qui saisissent et perturbent le lecteur, et qui font la force de son écriture. »
Pour sa part, « Serge Truffaut suit au jour le jour, depuis ses tout débuts, cette présidence hors normes. Il propose le récit des 14 mois ayant marqué l’arrivée au pouvoir d’un homme en train de bouleverser le paysage de la politique américaine. Nourri de nombreuses pérégrinations de l’auteur au pays de Donald Trump, ce livre permet de cartographier et de relier les scandales et les outrances qui ponctuent ce mandat présidentiel, donnant ainsi la mesure de l’énorme gâchis que ce président laissera en héritage sur les plans environnemental, international, social et juridique, entre autres. »
Plus je lisais Blais et Truffaut, plus je notais la nord-américanité de leur écriture respective. Le journalisme d’enquête pratiqué au Québec, avec de maigres moyens, mis à part l’inestimable travail des journalistes de la SRC, est très bien illustré dans chacun des 23 chapitres de La présidence Trump : dans l’antichambre d’un fou, tant par la rigueur de rapporter les faits tels qu’ils se sont produits, de les analyser que, le cas échéant, d’en tirer des conclusions.
Quant à À l’intérieur de la menace, la facture littéraire propre M.-C. Blais amène le lecteur à l’accompagner dans une réflexion globale sur une démocratie s’en allant à vau-l’eau sur fond de crépitement des fausses nouvelles que le Président essaime et sur une véritable liberté de presse sans cesse mise à mal.
Je crois que ces deux livres doivent rejoindre le plus large lectorat possible et ainsi alimenter un débat qui, qu’on le veuille ou non, nous concerne puisque nous sommes aussi des Nord-Américains. Et que nous sommes des victimes collatérales des paroles et des actions du Président états-unien.

mercredi 21 août 2019


Louis-Philippe Hébert
Petit-chagrin ou Il ne faut pas laisser un être doux jouer avec des couteaux
Montréal, Lévesque, coll. « Réverbération », 2019, 208 p., 27 $.

Comme le ressac de la mer

Le 30e ouvrage de Louis-Philippe Hébert, Petit chagrin ou Il ne faut pas laisser un être doux jouer avec des couteaux, réunit onze nouvelles. Le rythme de ces proses de la maturité littéraire rappelle leur caractère atypique d’autrefois, leur modernité qui, à la fin des années 1960, était avant-gardiste et l’est toujours. Voyons cela de beaucoup plus près.



L’incipit du recueil donne le ton – « Détrompe-toi, Yoshi, le sang de l’oiseau pèse aussi lourd que celui de la tortue » – en suggérant la relativité, l’aléatoire de l’existence. Pour camper ce décor, L.-P. H. affirme que "La vie est un cirque" dont les meilleurs numéros ne sont pas ceux que l’on croit, car « les artistes ne sont pas toujours applaudis au mérite, c’est un fait éprouvé. » Le narrateur, voulant s’assurer de choisir la tombée du rideau de sa vie, fait en sorte qu’il y ait deux issus qui ne pourront ainsi être évités. Suicide ou assassinat?
L’atmosphère de "La Grosse Bertha" amène au centre de la piste une version féminine de l’homme-obus. Cette femme-canon, dont l’image est toute maternelle, éjecte cette créature à forme humaine et lui donne une vie si éphémère que ce mâle voudra retourner entre ce qui tient lieu de jambes à Bertha pour une renaissance à répétition.
Une "visite au zoo avec les enfants" s’impose, là où il y a un « spécimen, qui va bientôt atteindre les soixante-douze ans [qui] reste vigoureux malgré son âge et les tares génétiques, et malgré son aspect qui présente une usure normale. » Cet homme est un « exhibit vivant » et « à l’heure actuelle, un sujet en captivité peut vivre jusqu’à 50 % plus longtemps ». Selon un graffiti, dans « les profondeurs de son regard, on peut se noyer », c’est pourquoi on avise les visiteurs de ne pas fixer ses yeux.
"Rosebud", la nouvelle suivante, porte sur l’immanence des relations humaines et des liens affectifs qu’elles génèrent. La fillette du titre sert de pivot aux hommes que sa mère rencontre et à qui elle accorde une permanence toute relative. Outre les passeurs d’un soir, l’enfant a eu un père, Anglais de surcroît, et connu quatre autres hommes dans sa jeune vie. La maman de Rose a décidé de partir vers Toronto avec sa fille, malgré que son dernier compagnon et la gamine se soient attachés l’un l’autre. Cette histoire propose divers aspects du statut de la femme et de l’homme dans le rôle de parent et de l’extrême difficulté de faire du vieux modèle masculin, protecteur-pourvoyeur, une création originale alors que la femme est déjà à mille lieues de cette loi surannée.
J’éprouve une affection particulière pour "Le corbeau d’Edgard Allan Poe" dont l’auteur résume en un mot le fil conducteur : c’est une aporie, c’est-à-dire « dans un raisonnement, contradiction, difficulté qui semble insurmontable ». Ici, on suit un personnage qui pose un geste et son contraire par osmose réflexive. Ce n’est pas une valse-hésitation, mais une suite de réalités qui restent incomplètes parce qu’on les saisit dans leur envol. C’est grâce au cercle concentrique dans lequel le personnage principal est engagé que la trame peut aller d’un rebondissement à l’autre jusqu’à sa chute finale.
La sixième nouvelle, "Il ne faut pas laisser un doux jouer avec des couteaux", la plus longue du recueil, est racontée par un garçon qui devient malgré lui un lanceur de couteau, un « homme qui a réussi à se rapprocher de l’infini ». Nous ne sommes plus dans la multiplication des circonvolutions de la trame, mais dans le rebondissement d’une action d’un temps à l’autre comme l’exige une déposition devant un policier-enquêteur. N’allons pas trop vite. Il y a d’abord l’amitié du narrateur et de Richard Labonté. C’est ce dernier qui lui apprit le lancer du couteau comme si c’était un jeu d’enfant réprimé par les frères enseignants, les corbeaux comme ils les appelaient.
Richard disparut de la vie du narrateur et ne fut jamais remplacé. Celui-ci, enfant solitaire, en profite pour faire du lancer du couteau un art qu’un cirque ambulant transporte de ville en ville. Au fur et à mesure, il perfectionne son tir et gagne des admirateurs qui en viennent à lui réclamer des spectacles privés. Discrètement, il accepte certaines propositions qui lui rapportent, en une seule soirée, plus que ce qu’il gagne normalement en beaucoup plus de temps.
Certains de ses clients veulent offrir son spectacle en cadeau et d’autres, faire peur à un enfant trop téméraire. Sans jamais lui dire, quelques-uns d’entre eux ne dédaigneraient pas qu’une fausse manœuvre fasse couler le sang, ce que le narrateur n’a jamais fait puisqu’il est un perfectionniste extrême.
Je soulignais plus haut que toute la nouvelle constitue une déposition aux policiers. Il faut savoir que Richard est revenu dans la vie du narrateur après des décennies de séparation. Devenu un riche homme d’affaires, il est un fidèle admirateur de son ami d’enfance qu’il suit de spectacle en spectacle. S’il renoue avec ce dernier, c’est pour lui réclamer une dette ancienne, ce que le lanceur ne comprend pas. Labonté lui explique alors que c’est grâce à lui qu’il est devenu le meilleur lanceur de couteau, ce qui lui a permis de gagner honnêtement sa vie tout en préservant sa sacrosainte solitude. Il exige donc, en remboursement, qu’il lui donne un spectacle privé où, pour la seule fois depuis qu’il exerce son art, il ratera la cible et le tuera.
Le narrateur comprend le plan machiavélique. Trop tôt, trop tard? Ne voulant pas être un divulgâcheur, je tais la chute imaginée par l’auteur d’une histoire dont l’intelligence émerge dans la banalité d’un lanceur de couteau solitaire et perfectionniste.
"Cher Daniel Canty" est un récit épistolaire adressé à l’artiste multidisciplinaire sous la signature du professeur Onil M. Canty a invité ce dernier à collaborer à un collectif portant sur le sommeil. Or, Onil M. n’a qu’une connaissance théorique, voire objective du repos nocturne, car il n’a jamais dormi. Jamais. Il adresse donc à Canty un sévère reproche de l’avoir placé dans une réalité qui le fait souffrir, une tare dont il ne peut se débarrasser et qui est un thème récurrent de ses écrits. Cette correspondance philosophique met en lumière un trouble dont souffrent de nombreux êtres humains, sous différentes formes, et des conséquences, parfois étonnantes, que ce mal peut engendrer. La plus terrible d’entre elles n’est autre que la solitude presque impossible à comblée la nuit venue, les lieux fréquentés 24 heures sur 24 étant ceux où des gens en manquent de sommeil exercent leurs activités parfois comme des zombies et ne peuvent comprendre la vitalité noctambule d’Onil M. Ce dernier ne peut pas, dans ces conditions, collaborer au collectif sur le sommeil; il encourage Canty à poursuivre son projet, car « vous y trouverez peut-être la clé que vous cherchez, mais jamais le repos. » "Cher Daniel Canty" fait sourire autant que réfléchir sur cette atrophie de l’horloge biologique.
"La plus grosse femme au monde ne chante pas" raconte qu’une fête foraine s’invite, annonçant que le clou de son spectacle n’est rien de moins que la plus grosse femme au monde. Les spectateurs s’amènent, attirés par l’idée de voir une telle masse de chair, mais leur étonnement tourne à la déception. Au centre de la piste, une femme minuscule, presque l’ombre d’elle-même, est assise et reçoit les invectives qui croissent au fur et à mesure que le public entre, hurlant qu’il a été floué et exigeant un remboursement. Les places presque toutes occupées, un sifflement se fait entendre dont on ignore l’origine. Soudainement, le corps squelettique de la femme se met à prendre des formes, chaque partie de son anatomie prenant une amplitude impensable dans l’imaginaire des toutes et tous. Craignant qu’elle n’explose, les gens partent presque sur la pointe des pieds pour éviter un quelconque débordement. Les derniers spectateurs vont quitter lorsque monte un sifflement dont ne sait où, mais qui semble lié directement avec la femme. Mais oui, elle se dégonfle lentement et reprend son allure d’avant le spectacle. Était-elle une poupée gonflable: on l’imagine.
"Le boxeur", c’est un enfant chétif retiré de l’école dès que les allergies sont dans l’air, puis envoyé chez un oncle et une tante à la campagne. L’oncle malingre rêve depuis toujours de monter sur le ring au point d’en avoir improvisé un où il donne des leçons de boxe au neveu en l’encourageant à le frapper toujours plus fort jusqu’à ce que le frêle enfant lui assène un coup. Fatal! La maladie saisonnière de l’un devient ainsi l’éternité de l’autre. On croit voir les protagonistes de ce duel improvisé et le désarroi de la tante qui voit son époux mourir sous ses yeux ébaubis. De vrais personnages de vaudeville hilarant.
"Qui a bougé?" aurait pu s’intituler « Histoire d’un intimidateur intimidé », car le titre fait référence à un enfant recroquevillé dans son casier d’école pour fuir celui qui le harcèle sans arrêt, celui qui « a une philosophie de la poursuite ». (168) Qui poursuit qui, qui de la victime ou de l’agresseur est coupable? Cette dixième nouvelle du recueil est un chassé-croisé de défaites et de victoires, d’une même peur et d’une audace salvatrice. On dirait des joueurs d’échecs qu’on dérange en encourageant tantôt l’un, tantôt l’autre. La création littéraire a ce pouvoir de rebrasser les codes de la société, de faire que le bien devienne le mal, et vice versa, jusqu’à nous embrouiller au point de vouloir repenser certaines règles élémentaires de la vie en société. Or, quand il est question d’intimidation ou d’autres sujets sensibles, il faut le doigté de L.-P. Hébert pour jongler avec eux.
"Petit-Chagrin" est un courriel adressé à une amoureuse en allée. La fragilité du correspondant est palpable : « Je n’arrive même pas à me faire à l’idée que tu m’as lu jusqu’ici… Mais me liras-tu jusqu’à la fin? » (181) Il raconte à celle qui l’a quitté un voyage au Saguenay en plein hiver qui lui rappelle un roman de l’écrivain français Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie. Le trajet de Montréal à Québec, de la Capitale à Chicoutimi, est l’occasion pour se faire un cinéma de leur passé. À destination, il y a cette soirée au théâtre avec des amis, un spectacle auquel l’absente devait aussi assister. L’après-soirée se passe à discuter avec ses hôtes et à boire un peu. Trop selon l’humeur du lendemain, alors qu’il reprend la route et que tombe la neige. Pour se reprendre un peu d’énergie, un arrêt s’impose dans un bouiboui dont les lieux ont sûrement connu de meilleurs jours. L’apparition d’un personnage mi-bête mi-enfant le trouble autant que l’absence de celle à qui il écrit. En reprenant la route, il se demandera s’il est en retard à un rendez-vous avec elle ou s’il l’a oubliée derrière lui. Une finale aussi trouble de l’état d’esprit de l’auteur du courriel.
J’ai souvent écrit qu’un nouveau livre de Louis-Philippe Hébert était une boîte à surprise littéraire tellement l’écrivain pouvait nous étonner dans son propos comme dans le choix de ses outils d’écriture. Si les onze nouvelles de Petit chagrin ou Il ne faut pas laisser un être doux jouer avec des couteaux sont de facture classique, c’est le ressort de chacune qui leur confère leur originalité. L’image qui me vient en tête en refermant le livre, c’est celle du ressac de la mer qu’on voit venir, mais dont on ne sait trop quel sera l’étendue de sa cassure, jusqu’où rejailliront ses rouleaux d’eau ayant l’allure de lames de fond ou même de raz de marée. En habile jongleur de mots et d’images, l’écrivain Hébert sait toujours tendre la perche qui nous permet de voir, d’apprécier et, surtout, de comprendre cette marée de mots signifiés et signifiants.

mercredi 12 juin 2019


François Gravel
À vos ordres, colonel Parkinson!
Montréal, Québec Amérique, 2019, 168 p., 19,95 $.

Mal et mystère

François Gravel n’a jamais hésité à puiser dans sa vie quand une expérience pouvait alimenter l’identité d’un personnage ou le réalisme d’une péripétie. Je pense à la difficulté d’élocution d’un ado ou au mal-être d’une mère incapable d’assurer sa parentalité. Son dernier roman, ou était-ce un essai narratif, a pour sujet la maladie de Parkinson, une maladie neurologique dégénérative dont le diagnostic lui est tombé dessus comme la misère sur le pauvre monde.



Le romancier, tant aimé de ses lecteurs de tout âge, fait ici œuvre utile. Ne prétendant pas être un expert, la maladie de Parkinson ne manquant pas de chercheurs penchés sur son cas, l’auteur rassemble sous forme d’un récit, toujours sérieux mais jamais plaintif, une foule d’informations sur le sujet glanées sur les sites spécialisés d’Internet aux portes, ainsi que parmi les observations sur sa propre situation.
La maladie de Parkinson, comme la sclérose en plaques ou l’Alzheimer, est du domaine de la neurologie. Certains des premiers symptômes, les examens et les observations cliniques sont tous semblables. Sur un ton badin, l’écrivain se dit devenu spécialiste du doigt sur le nez qui s’éloigne du visage, passe de gauche à droite, puis de bas en haut. Cette compétence transversale est acquise par celles et ceux atteints d’une maladie du système nerveux, car elle fait partie des tests standards de repérage.
Comment vivre avec ce mal incurable, sinon par un serment moqueur : À vos ordres, colonel Parkinson! Cela n’a rien à voir avec le déni ou la soumission, mais plutôt de reconnaître une situation avec laquelle il faut composer et qui exige une bonne dose de résilience.
C’est aussi s’adapter aux contingences que la maladie impose. L’auteur insiste sur le fait que, même s’il s’agit d’une maladie neurologique, c’est le physique qui est soumis à ses caprices : fatigabilité, lourdeur des pas, tremblement des mains, etc. Certaines activités banales perdent la spontanéité de leur exécution. Scientifiquement, tout est ici question de substance noire et de dopamine, comme F. Gravel le résume.
L’écrivain n’a rien perdu de l’ironie qu’on lui connaît. Ici, cela se manifeste en se moquant de lui-même comme s’il valait mieux en rire que d’en pleurer. Ainsi, comment diminuer le stress engendré par le ralentissement de certaines capacités motrices, quand écrire, par exemple, n’est plus normal. Pour un écrivain, c’est dramatique surtout qu’il a l’habitude de longues séances de dédicaces dans les écoles ou les salons du livre. Il se rappelle alors la chanson de Danielle Messia, Je t’écris de la main gauche, un expédient qui n’est pas miraculeux.
En lisant À vos ordres, colonel Parkinson!, je me suis revu à l’Hôtel Ibis, à Chartres, en juin 2004. Au resto, un couple. Elle est atteinte de la maladie de Parkinson et lui, devenue un aidant "surnaturel". En lisant François Gravel, cette image m’est revenue comme celle du tangage d’un être miné par une maladie dégénérative.
Le récit de François Gravel est un témoignage qui fait œuvre utile pour les parkinsoniens, mais aussi pour leur entourage et tous ceux que la maladie préoccupe. En lisant ses observations, on en vient à comprendre que la perte d’autonomie n’est pas chez lui le désastre appréhendé parce qu’il n’est pas devenu l’esclave du Parkinson. Il a plutôt adapté ses activités à sa présence et il reconnaît que son amoureuse lui simplifie la vie quand cela s’avère important. Car oui, les maladies dégénératives se vivent à deux.
Le romancier n’a rien perdu du sens de l’observation ni de l’ironie qu’on lui connaît. D’une certaine façon, je le redis, il fait œuvre utile en décrivant la maladie et en racontant la vie « normale » d’un parkinsonien.

mercredi 5 juin 2019


Valentine Thomas
À contre-courant : récits et recettes d’une aventure en mer
Montréal, Cardinal, 2019, 224 p., 29,95 $.

Dans les filets d’une passionnée

Les flots, une série animée par Pierre-Yves Lord et diffusée sur TV5 en 2017-2018, faisait « dans l’exploration du globe et de sa vie sous-marine. Chaque plongée [était] une occasion d’en apprendre davantage sur ce sport, les lieux à découvrir et la culture du pays visité. » L’animateur était accompagné d’un artiste québécois, dont Julie Le Breton et Sarah-Jeanne Labrosse. Valentine Thomas fut aussi son invitée.



Comme d’autres, j’ignorais qui était cette jeune et jolie femme qui donnait l’impression d’être une habituée des fonds marins, et des petits et grands vertébrés qu’on y croise. C’est maintenant qu’on en apprend plus sur elle dans un ouvrage intitulé À contre-courant : récits et recettes d’une aventurière des mers.
Montréalaise, elle est née et a grandi sur le Plateau Mont-Royal avant de poursuivre des études en droit et travailler dans le milieu des affaires. Décrit ainsi, le profil des années d’adolescence et de vie d’une jeune adulte est enthousiasmant. Pourtant, il lui a fallu chercher de l’aide pour sortir de sa trop grande timidité et de ses peurs qu’elle accumulait plus vite que neige en hiver. Grâce à sa famille et à ses quelques amis, Valentine apprit la confiance en soi et, travailleuse acharnée, elle réussit ses études devenues le refuge de sa solitude.
Ses études terminées, elle s’est retrouvée dans la City, à la bourse de Londres où son avenir était très prometteur. Sa vie de bobo a basculé le jour où elle séjournait sur un bateau au large de l’île de l’Ascension avec des amis. Ceux-ci s’adonnaient à la plongée sous-marine, mais la jeune femme n’a pas encore su maîtriser sa peur de l’eau ayant failli se noyer à 13 ans. Elle a cependant découvert le calme et la beauté des eaux. La paix intérieure ressentie l’a amenée à affronter ses démons des eaux, à se mettre à la plongée et, surtout, à la pêche sous-marine. Cela l’a obligé à reconsidérer ses choix de vie et à devenir une nomade des eaux, environnementaliste avant la lettre et travailleuse autonome.
Ce changement radical des conditions de vie va se transformer en mode de vie et en engagement social de plus en plus manifeste sur diverses tribunes s’intéressant à la condition des eaux ainsi que de la faune et la flore des mers et océans. La pêche sous-marine lui apprend l’importance d’une pratique respectueuse des flots dont les chalutiers sont en train de détruire toutes les conditions et une forme d’autarcie alimentaire qui se pratique toujours dans des communautés moins fortunées.
Valentine Thomas est aujourd’hui une trentenaire devenue l’égérie de plus de deux cent mille abonnés Instagram. Si ses photos dégagent un parfum d’érotisme qui attire les regards, elles n’en sont pas moins porteuses d’un message: pratiquer une pêche responsable et consommer le fruit de ses plongées en apnée. Le réseau social est une porte d’entrée que la plongeuse a choisie qui l’a fait connaître et permit d’être invitée à donner des conférences sur son expérience professionnelle et son engagement environnemental.
L’ouvrage qu’elle vient de publier fait le récit de sa démarche, résumée plus haut, et donne d’appétissantes recettes pour cuisiner une variété de poissons qu’elle-même pêche en apnée et avec un harpon. De l’Afrique du Sud aux Bahamas, de la Californie au  Cap-Vert , de la Floride à la France (découvre« l’éclade ou églade, une préparation typique de moules caractéristique de la cuisine charentaise »), de la Grèce aux Îles Marshal, de la Louisiane à New York, de la Nouvelle-Calédonie au Québec ou à Taïwan. Sans oublier les recettes de base pour des sauces et autres accompagnements, des trucs et astuces « pour bien choisir et bien préparer votre poisson et ne rien gaspille ». Ces prises sont aussi disponibles chez tous bons poissonniers, en s’assurant qu’elles sont issues d’une pêche écoresponsable.
Le livre, très inspirant, se termine par un résumé de l’équipement de plongée et en fournissant des informations importantes sur la pêche durable et éthique. Leçon de vie et de responsabilité environnementale, ce que Valentine Thomas raconte mérite d’être entendu.

mercredi 29 mai 2019


Sylvie Drapeau
La terre
Montréal, Leméac, 2019, p., 12,95 $.

En territoire occupé

La terre est le dernier volet de la tétralogie écrite par la comédienne Sylvie Drapeau. Entreprise en 2015 avec Le fleuve, cette saga fait découvrir une famille de la Côte-Nord, chacun des livres mettant en relief un des membres tout en illustrant l’interaction de cette fratrie nommée affectueusement la meute. Quant aux parents, ils sont les pôles opposés d’une charge affective qui risque d’exploser à tout moment.
Après la mort accidentelle de l’aîné dont personne du clan ne se remettra jamais tout à fait, c’est le départ de la narratrice, alter ego de l’autrice, pour la France au bras de son amoureux. Cette nouvelle cassure qu’est l’éloignement du nid familial provoque une tragédie: la mère tant aimée s’évanouit tranquillement de leur existence, emportée par un cancer sans merci. Les survivantes vont s’établir dans la métropole où les rejoindra Richard, le frère cadet miné par la disparition de sa mère et les sempiternels désaccords avec le père; pour lui, c’est L’enfer de la maladie mentale qui l’aspire vers une mort certaine.



La narratrice et Suzanne, sa sœur aînée, sont complices de l’histoire de La terre. Toutes deux sont des artistes comme le voulait leur mère au grand dam du paternel pour qui les beaux-arts ou la scène ne sont que des distractions, jamais de vrais gagne-pains. Trublion dans l’existence de ses enfants, au-delà des efforts stériles de la mère pour adoucir sa poigne de fer et son caractère tempétueux, ce père n’a rien perdu de son impétuosité en vieillissant, malgré le décès de son épouse, celui des garçons et l’éloignement des filles.
Suzanne, devenue graphiste pour gagner sa vie et mis de côté pinceaux et toiles, a trouvé dans l’achat et la restauration de maisons une façon de détourner les moqueries du père tout en s’en rapprochant, car elle avait longtemps été à ses côtés dans des travaux alors réservés aux hommes. Une, deux, trois maisons lui ont donné une raison d’être sans jamais parvenir à détourner l’emprise émotive du père. Au moment où ce dernier semble plus conciliant, Suzanne fait son coming out comme si elle avait voulu mettre à l’épreuve la nouvelle souplesse du seul homme dans sa vie.
La narratrice est aussi sous le pouvoir dictatorial de cet éternel insatisfait. Bien qu’il se pavane devant ses amis en parlant de sa fille actrice et des succès qu’elle accumule, il ne perd rien de sa superbe devant elle. L’anecdote du repas où la narratrice n’est que la servante de monsieur et consorts illustre l’irrespect paternel. Travailler, gagner sa croûte: tel était le credo de celui qui ne sera jamais le patriarche de la meute.
La narratrice, comme son aînée, est prisonnière d’un bourreau hantant ses pensées jour et nuit au point de s’épuiser à ce jeu du chat et de la souris dont il est le maître. Or, quand on est une actrice, même reconnue, la tentation est grande d’accepter presque tous les rôles proposés. D’une part, vous respectez l’impitoyable volonté du père et, d’autre part, vous recevez l’affection des applaudissements nourris. Cette combinaison émotive, vécue à fortes doses, en vient à empoisonner l’existence de l’actrice, physiquement et moralement. La chute n’en est que plus vertigineuse et les blessures longues et difficiles à cicatriser, voire impossibles.
Sylvie Drapeau ne laisse jamais ses personnages sombrer dans la caricature de la dépression. Pour soigner les vagues d’épuisement physique et moral, la narratrice se rappelle qu’une « actrice, c’est d’abord un territoire occupé. Les personnages cohabitent avec ce qui peuplait déjà la zone, pour nourrir ce qu’on appelle la fiction… Ma terre, ma pierre, ma glaise, c’est moi, sans cesse remodelée, venant de l’ombre, puis offerte à la lumière, afin qu’éclate la vérité. Lorsqu’il s’agit de jouer, la matière première est soi. » (97)
Alors qu’elle est en pleine eau trouble, Suzanne se laisse emporter par les sables mouvants de la maladie. Sa cadette s’en veut de ne pas pouvoir lui venir en aide, mais, pour que cela soit possible, il lui faut d’abord se sortir elle-même des eaux troubles dans lesquelles elle s’est jetée en abusant de ses forces comme leur grand frère Roch dans le ressac des eaux du fleuve, et maintenant Suzanne dans l’agitation des émotions.
Je suis d’avis que La terre est l’histoire la plus intimiste de la tétralogie. Non seulement Sylvie Drapeau se met-elle en scène, à l’avant-scène est plus juste, mais elle peaufine son récit afin d’être reconnue comme une véritable écrivaine et ainsi montrer au père que les arts sont aussi des gagne-pains. L’intensité émotive à laquelle carbure le récit reflète la grandeur d’âme qui anime la romancière, ce qu’elle nous fait partager et ressentir.

mercredi 22 mai 2019

Bruno Jobin
Le cri de l’enfantôme
Gatineau, Vents d’Ouest, coll. « Azimuts », 2019, 168 p., 18,95 $.

Maître ès accumulation et ironie

Il y a longtemps que je n’ai pas recensé un roman de Bruno Jobin qui publie aujourd’hui son neuvième opus, Le cri de l’enfantôme. Mon silence sur ses livres n’est pas un jugement sur leurs valeurs littéraires, mais un signe de mon désintérêt aux polars ce genre que l’auteur affectionne. D’ailleurs, je suis aussi muet sur le travail d’autres écrivains au talent reconnu.



C’est d’ailleurs à un de ceux-là, Réjean Ducharme, que M. Jobin emprunte un élément du titre de son histoire, Les Enfantômes, une œuvre du regretté écrivain parut chez Gallimard en 1976. Ce faisant, je crois que le Johannais a voulu rendre hommage au plus discret membre de la communauté littéraire québécoise.
Qu’en est-il du Cri de l’enfantôme? Le résumé de la trame suggéré en 4e de couverture étant fidèle au récit, sans tombé dans l’accroche publicitaire, je vous la propose :
« Un gamin de sept ans séquestré dans une cage, une mère ado au look gothique, une copine star de cinéma, une cousine originaire de Mongolie, une sourde-muette adepte du vaudou. Au cœur du drame, un narrateur dans la vingtaine, bras rachitique, pied bot, et dont l’œil gauche épie une araignée au plafond. En orbite, un trio de mousquetaires désœuvrés. Dans un bar de danseuses, une certaine Miss Nobody. Et au QG des flics, Hercule Poirot et Woody Allen sur la piste d’un tueur en série. Bienvenue dans cet univers insolite où les rossignols sont des pédophiles, les injections d’arsenic un modus operandi, et les smarties de sacrés indices. Ponctuée par un humour corrosif, nourrie par une imagination débridée, voici l’incroyable histoire d’un homme hanté par le fantôme de l’enfant qu’il porte en lui, telle une malédiction. »
L’auteur Jobin a abondamment puisé dans l’univers de la littérature française en utilisant des écrivains de renom — je pense ici à Charles, Arthur ou Paul qui renvoient à Baudelaire, Rimbaud et Verlaine — pour en faire des personnages correspondant à leur histoire personnelle ou à celle tirée de leurs livres. M. Jobin fait également référence à d’autres artistes ainsi qu’à d’autres aspects de l’univers de la littérature dont des figures de style comme l’analogie, l’accumulation, l’énumération ou le calembour dont il souligne l’existence tout en n’hésitant pas à faire grand usage. Trop ou pas assez? À chacun d’en juger.
Ultimement, je me suis demandé, au tournant d’une page ou de l’un des chapitres, où allait me mener un tel pot-pourri. Fait-il qu’un tel montage d’éléments disparates, mais bien centrés sur la trame, m’étourdisse au point de cesser séance tenante ma lecture ou plutôt devais-je considérer l’ironie qu’un tel amoncellement de clichés — puisés dans tous les domaines, de la publicité aux croyances populaires, des dictons bon enfant aux truismes des images les plus simplettes — met en relief? J’ai bien fait de poursuivre la lecture, retenu par le ton moqueur que le romancier semble avoir choisi pour être le pivot même de la trame du récit, mettant ses vastes connaissances au service de sa créativité.
Croyez-moi, ce trop-plein de références amuse bien plus qu’il ennuie.
Un mot sur les Éditions Vents d’Ouest. « Organisme sans but lucratif, la maison, fondée en 1993, compte présentement 220 titres inscrits au catalogue et répartis en neuf collections. Vents d’Ouest se consacre à l’édition d’œuvres littéraires et a pour mandat de développer, de promouvoir et de diffuser une littérature authentique de haute qualité, tant à l’échelle régionale que nationale, en plus d’agir comme animateur culturel dans la région de l’Outaouais. Les objectifs de la maison sont de soutenir la création, d’encourager la relève et de contribuer à la diversification de la littérature. »
Aucun doute, l’éditeur a bien fait son travail en publiant Le cri de l’enfantôme. À à nous d’en découvrir les péripéties.

mercredi 15 mai 2019


Alain Bernard Marchand
Complot à l’UNESCO
Montréal, Les Herbes rouges, coll. « Roman », 2019, 216 p., 21,95 $.

À Paris, les nuages sont comme des trottoirs

Peut-être êtes-vous déjà entrés dans la boutique de Marie-Ange Hébert, située dans un ancien phare de la Côte-Nord, pour y admirer les bijoux que fabrique l’artisane à partir de pierres ou de bois mort que le fleuve lui offre. Chanceux, vous avez croisé Émile, son fils, clerc professionnel en vacances dans ce coin de pays.



Ne chercher pas, les Hébert, mère et fils, car ils sont des personnages du plus récent roman d’Alain Bernard Marchand, Complot à l’UNESCO, qui nous amène à Paris, au siège social de l’organisme, qui « a pour objectif de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture. ».
Narrateur et personnage principal, Émile est devenu secrétaire du dg de l’UNESCO à la suggestion d’une amie. « Je me préparais à enseigner le grec ancien, si tant est qu’on eût voulu encore l’apprendre, mais le destin, qui est un peu l’horoscope des Anciens, en a décidé autrement. » L’influenceuse, un mot à la mode, se nomme Sophie Elytis. Il y a longtemps qu’Émile l’a rencontrée, qu’il est tombé sous son charme et qu’ils sont devenus inséparables. Pour lui, il « y avait chez elle quelque chose d’aérien… Méfiez-vous, car elle me donne souvent envie de perdre la tête. La côtoyer équivaut à la réinventer. »
Sophie est comédienne et, comme tout est dans tout, elle est la fille de l’ambassadrice de la Grèce à l’UNESCO. On imagine que cette dernière a favorisé l’embauche d’Émile.
Outre quelques personnages en lien direct avec le travail d’Émile, il y a sa mère Marie-Ange. Il y a aussi François Laverdure, son ami de toujours devenu critique de cinéma qui n’hésite jamais à s’envoler pour Paris y visionner quelque obscur film de maître en entraînant Émile, à son corps défendant, dans de minuscules salles spécialisées. Chacune de leurs rencontres est l’occasion pour que leurs univers distincts, l’un hyper réel et l’autre nageant dans la fiction, se croisent et suggèrent une proximité inquiétante.
Un doute persiste tout au long du roman selon ce que le narrateur raconte des bureaux de l’UNESCO, de son patron et des représentants des pays membres rencontrés par hasard. Cette agitation, sous-jacente à l’ensemble des péripéties et de l’action même de l’histoire, prend diverses tournures selon ceux qui interviennent ou le coin de Paris où se situe l’action. Car oui, le romancier a fait de la Ville lumière un incontournable personnage comme dans Le cent vingt-cinquième numéro d’Apostrophes, son précédent ouvrage.
Un jour surgit un personnage douteux qu’on nomme le Colosse de Rhodes. Celui-ci donne l’impression d’être un tueur à gages employé par on ne sait qui et sans savoir qui est dans sa mire. L’individu dérange Sophie qui s’imagine des scénarios de polar politico-mafieux et qui se met à le suivre, car elle le croit une menace pour elle ne sait qui.
Dans la cavalcade des jeux diplomatiques dont le siège social de l’UNESCO est la scène, alors qu’on prépare la rencontre historique entre le Président chinois et le Dalaï-lama, survient la mort de François Laverdure, une balle dans le front. Le soir précédent, la victime et Hébert avaient fait la bringue jusqu’au lever du jour, alors que le critique rentrait au pays et que son ami cuvait son vin. L’enquête policière s’embourbe très vite, le peu d’information qu’Émile peut leur donner n’aidant en rien.
C’est le même Émile qui ramène le corps de son ami au Québec pour le rendre à sa famille. Il en profite pour visiter sa mère et respirer l’air salin du large. Survient alors un autre meurtre, celui de madame Hébert. Cela fait beaucoup en peu de temps dans l’entourage d’Émile. Bien que Sophie et son patron lui conseillent de prendre le temps pour honorer la mémoire de sa mère, Émile bouscule les conventions pour rentrer à Paris et assister à la rencontre historique à laquelle son travail l’a associé.
Que se passe-t-il lorsque les dignitaires entrent dans l’enceinte de l’UNESCO où on les attend fiévreusement? Alain Bernard Marchand a imaginé une chute comme le font les auteurs de polars ou d’intrigues cinématographiques. Pas étonnant que son héros écrit : « Je ne dis pas tout. Moi aussi, j’ai des secrets. L’écriture me permet d’ailleurs de les protéger. »
En refermant le livre, on constate que le romancier a semé discrètement tout au long de la trame des indices suggérant une fin qui n’est pas celle qu’il a ultimement choisie. On ne s’ennuie pas à lire Complot à l’UNESCO, ce roman jouant d’intrigues pour nous faire visiter des coins de Paris et rencontrer des personnages du milieu diplomatique qui n’ont rien d’ennuyeux et dont l’univers est à l’avenant. Mais au fait : qui est vraiment Émile Hébert?