mardi 21 septembre 2021

Gilles Archambault

Il se fait tard

Montréal, Boréal, 2021, 120 p., 18,95 $.

Mourir la belle affaire, mais vieillir…

Je ne crois pas à l’écriture comme étant une panacée pouvant guérir un spleen passager ou même perpétuel. J’admire cependant les écrivains capables de puiser dans leurs carnets de souvenirs les réminiscences qui circulent en eux et nourrissent leur imaginaire.

C’est, sans aucun doute, à cette source que s’abreuvent la plupart des livres de Gilles Archambault. Rien de triste ou de morose chez lui, sinon sublimé par l’ironie dont il est passé maître. Parfois, l’écrivain laisse poindre à l’horizon du moment raconté un peu de nostalgie, jamais toute rose jamais toute bleue. J’en prends à témoin Il se fait tard, ce nouvel opus composé de dix-sept récits comme autant de fragments d’un vitrail dont l’ensemble propose un panorama de plans choisis du temps présent inspirés par des fragments de jadis.

En lisant ce nouvel Archambault, une chanson de Brel s’est imposée, une mélodie s’est mise à tourner en boucle durant toute ma lecture : « mourir la belle affaire, mais vieillir… » Cette mélodie résume l’ensemble de ce que l’écrivain donne ici à lire.

La distance narrative de bon aloi, celle qui creuse un fossé entre celui qui écrit, l’auteur, et celui qui s’écrit, le personnage, est peu ou pas respectée ici. Je laisserai donc aux exégètes patentés ce travail d’analyse, ce dont Archambault l’écrivain n’a rien à faire de toute façon. Les événements qu’il relate sont pris et mis en perspective de ses 87 ans, âge auquel il les raconte. La majorité des faits se déroulent dans son appartement dont il sort peu pour cause de pandémie, mais aussi pour son âge qui se rappelle régulièrement à son bon vouloir. Chaque historiette illustre des gestes qu’il pose dans le cocon de son intimité – tantôt pour se convaincre qu’il a bien fait de se séparer d’objets accumulés, mais toujours signifiants, tantôt pour décider de briser le lien affectif entretenu avec tel livre d’un écrivain qui n’est plus lu ou tel disque, plus écouté – ou des actions menées auprès de gens qui réclament se présence et qu’il en est venu à accepter.

En filigrane de ces instantanés actuels, il y a les lueurs d’un bilan du passé, du présent ou même de l’avenir. Tôt ou tard dans son existence, l’être humain fait, volontairement ou non, une rétrospective de sa vie à ce moment-là. Parfois cet exercice en vaut la chandelle, parfois il est totalement inutile puisqu’on lui tourne le dos. Or, à l’âge avancé, qui n’est pas l’âge d’or qu’on veut nous vendre, le bilan peut n’être que réel, car on ne peut rien changer à l’avant et si peu à l’après, sinon cette « belle affaire » de Brel, c’est-à-dire mourir, dans la dignité de l’oubli.

Se disant un « fieffé nostalgique », ce qui sert aussi à mettre sa vie personnelle et littéraire en perspective, il n’est pas étonnant qu’il consacre, entièrement ou au passage, des récits ou des pages d’autres à sa carrière d’écrivain. « Pour ma part, je n’aurai ressenti tout au long de ma vie d’écriture qu’une seule exigence : celle de décrire mon inconfort de vivre… Mon mal de vivre était supportable puisque j’ai réussi à me pencher sur lui pendant tout ce temps… Pour exprimer ma désolation, je n’ai rien trouvé de mieux que l’écriture. » (90-91) Je suis d’avis que ces passages sont à inscrire parmi les faits retenus du bilan presque final d’une vie active.

Bien sûr, l’homme Archambault ne pouvait oublier Lise, son épouse en-allée, ses enfants et ses petits-enfants. Quelques amis, au féminin au masculin, morts ou vifs – la nécrologie des journaux étant certains jours la référence de l’âge avancé comme jadis celle des naissances – dont le souvenir s’impose parfois sans que l’on sache ou comprenne pourquoi. Ces squelettes terrés dans le placard d’une existence qui ressuscitent sans crier gare et nous tourmentent sans qu’on puisse les changer et encore moins les faire taire.

Je n’ai ressenti aucune tristesse à accompagner le personnage Archambault dans l’univers du vieil âge. Ni vraie compassion non plus, croyant que cela ne convenait pas à celui qui n’a rien demandé. Sinon d’être écouté plus qu’entendu, particulièrement dans « Mort à Venise », titre emprunté à la nouvelle de Thomas Mann : « À l’instant de ma mort, je souhaite être seul… Moi qui ne serais au mieux qu’un honnête homme artisan des mots, je souhaiterais au moment de mon entrée dans le néant revoir en un éclair des - gestes de femmes, les tiens, Lise, et entendre des voix d’enfants. Ce serait pour moi une mort presque convenable. Mais je serais seul. Ne pas me donner un spectacle. » (43-44)

Si j’étais un prédicateur d’autrefois – ou ceux d’aujourd’hui qu’on nomme influenceurs – je dirais à Gilles Archambault : « C’est la grâce que je vous souhaite. » Heureusement, je ne suis ni curé ni influenceur, et je demande à ce peintre des mots de puiser dans les eaux de son imaginaire, si près de sa propre existence, pour qu’on puisse le lire au-delà de la non-existence qui s’approche de lui.

mercredi 15 septembre 2021

Aki Shimazaki

Sémi

Arles, Actes Sud, 2019, 168 p., 19,95 $.

Quand le temps et l’espace s’effacent

L’écrivaine Aki Shimazaki a entrepris une quatrième suite de récits en cinq volets avec Suzuran (2019). On y rencontre Anzu, trentenaire et mère célibataire, indépendante, pourvue d’une douceur forte, elle semble imperméable à la cruauté du monde. « Ce nouveau cycle s’entame, avec ses personnages intrigants, ses retournements, ses contrastes entre la surface lisse et ce qui se trame dans les entrailles du récit. Suzuran (nom d’une fleur délicate) nous invite à connaître Anzu, son fils, ses parents vieillissants… »


Ces derniers – Tetsuo Niré et Fujiko Kajiyama – sont au cœur de Sémi, le second récit de cette nouvelle pentalogie. Âgé, le couple a longtemps espéré que leur fils Nobuki s’installe avec sa famille dans la maison familiale, selon la tradition. Le jeune homme avait d’autres projets et Tetsuo a donc décidé de vendre la propriété pour s’installer dans une maison de retraite, surtout que la santé de son épouse Fujiko se détériore de jour en jour, la maladie d’Alzheimer envahissant leur univers.

Comment gérer cette situation? Tetsuo se sent de plus en plus seul, mais, heureusement, l’infirmière de la résidence, bien au fait des aléas qu’entraîne la maladie, le conseille et l’aide dans ce curieux apprentissage qu’est de négocier avec une vie fragmentée.

À brûle-pourpoint, Fujiko ne reconnaît plus son époux, mais plutôt son fiancé de jadis, le prénommant Tetsuo-san, suffixe indiquant son statut de prétendant. De plus en plus désemparé, Tetsuo suit les conseils de l’infirmière et d’un nouveau pensionnaire de l’établissent dont l’épouse décédée a souffert de démence; par exemple, il ne contredit jamais son épouse et adapte leurs échanges au diapason d’un univers incertain.

Deux événements s’ajoutent à la tourmente du vieil homme : Fujiko exige qu’on divise leur chambre pour qu’elle garde son intimité jusqu’à ce qu’elle se marie et, après avoir entendu un récital de musique classique – un couple de la résidence forme un excellent duo amateur –, elle se souvient de Rei Miwa, chef d’orchestre réputé, et veut lui rendre l’argent qu’il lui a donné autrefois. Tout cela est bien compliqué pour Tetsuo qui n’a d’autre choix que tenter de mettre en ordre les pièces de ce puzzle.

Le mystère s’épaissit quand une amie de son épouse lui confirme qu’elle a bel et bien assisté à un concert dirigé par Miwa et que Fujiko a bien rencontré le maestro ce jour-là. La date de l’événement laisse le vieillard pantois, car le couple était marié à cette époque, que lui-même voyageait beaucoup pour son travail et qu’il entretenait une relation adultérine avec une amoureuse d’avant leur union.

L’inquiétude est à son comble quand son fils lui raconte que sa mère lui a un jour confié n’avoir rien en commun avec son père et que leur mariage arrangé, comme c’était alors souvent le cas au Japon, n’avait été sauvé du naufrage que par la présence des parents de Tetsuo et la naissance tardive de Kyôka, l’aînée maintenant décédée.

Tetsuo se rappelle parfaitement de cette époque où son épouse se dépensait corps et âme pour le bien-être de ses beaux-parents et de leurs enfants, et qu’il n’était, en somme, que leur pourvoyeur. Inutile de dire qu’il n’avait fait aucun projet pour la retraite et que le refus de Nobuki, leur fils, d’habiter avec eux l’a complètement désarçonné. Puis, l’état de santé de Fujiko s’est mis à se détériorer et le mystère de cette dette à l’endroit de M. Miwa est un nouveau nuage au-dessus de leur existence.

Fujiko en vient à lui expliquer que l’argent reçu du chef d’orchestre était pour qu’elle se fasse avorter – le récit de cette nuit auprès de lui est aussi bref que leur relation amoureuse – ce qu’elle n’a pas fait. Est-il possible alors qu’un de leurs trois enfants soit celui de Miwa? Tetsuo croit d’abord que c’est leur fils, compte tenu d’une certaine ressemblance physique avec le musicien, mais la soirée où Fujiko a assisté au concert du maestro correspond plus au moment de sa première grossesse.

Aki Shimazaki est passée maître de la trame que les personnages complexifient autant par leur silence que par leurs actions parallèles à la principale quête. Dans Sémi – mot japonais qui signifie cigale – les relations avec une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer sont au cœur du récit et toutes les péripéties relatées s’enlisent dans les dédales du passé et du présent. Les notions de temps et d’espace sont pour ainsi dire confondues ou effacées de la mémoire Fujiko et ses jongleries spatiotemporelles placent Tetsuo, son époux, dans un monde dont il n’a d’autres choix que d’être le témoin, tentant de faire bon gré contre mauvaise fortune.

mercredi 8 septembre 2021

André Brochu

Clairs abimes

Montréal, Noroît, 2021, 120 p., 20 $ (papier), 14,99 $ (numérique).

 

André Brochu : le retour d’un grand

 

Je m’ennuyais de lire le grand André Brochu – professeur, poète, essayiste, romancier, critique et que sais-je d’autre d’innovant. Pour apaiser cette inquiétude, je relisais entre autres les poèmes d’élégies de lumière (Trois, 2005) ou son remarquable essai Anne Hébert : le secret de vie et de mort (PUO, 2000). J’ai déjà écrit que traiter d’un de ses livres était comme lever le voile sur un secret d’État tellement l’homme Brochu et son œuvre sont méconnus du grand public. Je croyais et crois toujours que Brochu a tout écrit avec succès et que, parfois, cela lui a valu des prix largement mérités.

Ce n’est pas pour rien que Micheline Cambron et Laurent Mailhot, deux éminents collègues de la faculté des Lettres de l’Université de Montréal, publièrent André Brochu, écrivain (Hurtubise, 2006). Cet essai « propose une lecture globale de [ses] ouvrages, offrant ainsi la première synthèse de cette œuvre marquante. » On y apprend beaucoup sur le parcours littéraire de Brochu, son talent de créateur et ses engagements littéraires et sociaux. On découvre aussi des aspects parfois insoupçonnés de ce qu’on appelle son « œuvre multiforme ».


Or, voilà que paraît Clairs abîmes, en cette rentrée littéraire automnale. Telle une composition musicale, les vers sont groupés en trois mouvements précédés d’un prélude qui donne le ton des variations qui suivent. « Oui… non… me voici rien de plus sans doute qu’un petit / moi tout juste acceptable… je deviens alors tout à coup capable d’aimer / de croire / de sourire / oui entre mes poings. » Et plus loin : « Triste humanité / semblable à ma chair / à mon âme à / tout ce qui supplie… »

Ai-je bien entendu dans ces vers l’évocation d’une « renaissance » comme d’une rémission après une longue, très longue convalescence? Chose certaine le poète a retrouvé le souffle de sa littérarité personnelle qui fait l’unicité de sa voix, de son œuvre.

Puis, voilà les trois mouvements de Clairs abîmes – "Quelques chapitres", "Socle du ciel" et "Rues de la terre" –chacun appelant des variations comme autant d’images, certaines très charnelles d’autres très pudiques, qui mettent en lumière les abîmes du titre.

"Quelques chapitres" est fait de dix modulations sur un même thème où « tout vibre tout gire dans la merveille où s’éberlue / le mirage de l’existence donnée à savourer / à l’ombre des dieux pâles et des sarcelles énamourées ». (13) Mais encore – « plus de moi, plus rien hors l’ingénue face de l’éternel autre lieu. » (14) – ou cette ultime interrogation – « que serons-nous parmi les décombres du temps. » (24)

"Socle du ciel", le plus long des trois mouvements, va de l’adagio à l’andante à l’allegro, avec des retours de l’un à l’autre selon le rythme dans lequel le poète engage le mouvement des émotions exprimées, comme s’il s’agissait du rythme du cœur révélant secrètement le ressenti vécu lors même de la plus petite agitation qui soit. Ou, comme l’a écrit Baudelaire dans "L’invitation au voyage", « tout n’est ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté. » D’ailleurs, le poète ouvre ainsi ces mouvements : « Monde tu changes / au gré des songes // propres à contrefaire / l’éclat    boule de feu / dure // boule de nos misères ».

"Socle du ciel", dans son ensemble, a des allures d’une rétrospective des temps forts comme des plus fragiles, voire des plus ineptes d’une existence dont les vers magnifient les images comme sous la loupe ou, plus sévèrement, le microscope examinant l’hier à l’aujourd’hui d’une vie qui, désormais, compte plus de jours passés que de ceux à venir.

Le dernier mouvement de Clairs abîmes, "Rues de la terre", est composé de vingt-six poèmes dont quatre ont leur propre rythme. Nous sommes ici devant un ensemble de tableaux, de fresques qui fixent dans le temps et l’espace qui un personnage, qui une action, qui un engagement.

Impossible de rester impassible à lire "Adieu, ami" dédié au regrette Noël Audet ou "La fin et l’étincelle" écrit "À la mémoire de mon père". Je souligne que ces poèmes alors que les 24 autres sont tout aussi touchants, car chacun met l’accent sur un geste ou un engagement, achevé ou échappé.

La fulgurance du discours poétique d’André Brochu n’a rien perdu de la pertinence de son propos tant les thèmes, qui lui sont essentiels, ont toujours cette pertinence souvent applaudie. Clairs abîmes est un recueil synthèse d’une œuvre littéraire protéiforme dont il faut se rappeler, relire ou découvrir, car vient un jour où la littérature à laquelle ce livre appartient devient intemporelle.

mercredi 1 septembre 2021

Romain Gary

Chien blanc

Paris Gallimard, coll. « Folio », 1970, 224 p., 12,95 $.

Racisme primaire

Lire des auteurs qui en ont influencé d’autres est un programme, presque sans limites, qui nous amène à fréquenter des univers, parfois à mille lieues de ce qui nous y a conduits. Par exemple, Victor-Lévy Beaulieu m’a guidé à travers les pages de Kerouac, Melville, Joyce, Nietzche, sans oublier Jacques Ferron, Yves Thériault, Margaret Atwood, etc.

La chronique du 8 août dernier recensait l’essai de Dany Laferrière, Petit traité sur le racisme, paru plus tôt cette année. Une des 130 séquences du livre, intitulé Chien blanc, fait référence à un roman de Romain Gary. J’ai voulu m’arrêter sur ce Gary, dont j’ai recensé les derniers livres parus avant son décès en 1980, pour voir de près comment l’écrivain y aborde la ségrégation.


Chien blanc a les allures d’une autofiction. En effet, l’action se déroule à San Francisco, au cours des années 1956-1960, alors que l’auteur est consul de France dans cette ville. À la même époque, il devient l’amoureux de l’actrice Jean Seberg.

Comme souvent dans son œuvre, Romain Gary associe vie personnelle et vie imaginée. Ainsi, ce roman se déroule dans la propriété de Beverly Hills qu’habite le couple Seberg-Gary et au chenil de Jack où on fait l’élevage et le commerce d’animaux domestiques, mais aussi d’une variété de serpents.

Je reviens à l’essai de Laferrière et au tableau intitulé « Chien blanc ». L’Académicien note que « le chien est toujours présent dans la vie du Noir en Amérique. On dressait des chiens qu’on lançait à la poursuite de l’esclave en fuite. » De prime abord, cela peut sembler barbare et on espère que cette pratique soit disparue depuis l’abolition « officielle » de l’esclavage et de la ségrégation raciale aux É-U. Hélas, ce n’est pas le cas.

Sandy, le chien blanc du roman, était un fidèle compagnon dont la taille impressionnait les visiteurs, vite rassurés par l’indifférence qu’il affichait après les avoir sentis. Arrive un jour où, lors de l’une des nombreuses réunions d’intervenants défendant et promouvant une nième cause à laquelle Jean Seberg a prêté son nom, un noir se présente et le gentil chien lui saute à la gorge.

Gary, le personnage, amène l’animal au chenil où il est confié à Keys. L’homme de confiance du proprio est un éleveur de serpents qui sait comment extraire leur venin ensuite vendu à des pharmaceutiques à fort prix pour la fabrication d’antidote.

Keys est un Noir. Il sait mieux que quiconque qu’on pratique l’élevage de chiens pour tuer les Noirs dès qu’ils entrent dans leur champ de vision. Ce n’est pas une fable, mais cette pratique n’a jamais cessé. Le premier face à face du chien et du dresseur se déroule très mal et Keys, blessé, doit se rétablir avant de revenir au chenil. Jack, son patron, exige que Gary reprenne son chien immédiatement, car il ne peut se priver longtemps de Keys, le seul à pouvoir « charmer » les serpents, une activité fort lucrative.

Parallèlement à cette histoire, il y a celles gravitant autour de Seberg et des ténors des causes auxquelles on veut l’associer. Encore là, le romancier met en perspective ces bien-pensants de l’humanitaire, ces « mendiants » des bonnes intentions.

Puisque Gary doit se déplacer fréquemment à titre de Consul, il convainc Franck de garder Sandy dans un enclos fermé. Une surprise l’attend un jour où il est de passage à San Francisco et qu’il s’arrête voir l’état de santé de l’animal : Keys est de retour et il a pris sur lui de dresser le chien « à rebours », c’est-à- dire d’effacer sa colère inculquée contre les Noirs. Keys est motivé par la seule idée de faire disparaître cette tare qu’on croit inaltérable. Son ultime but : faire entrer son jeune garçon seul dans la cage avec le chien.

J’aimerais croire qu’il n’y a plus de « chien blanc » aux É.-U. ou ailleurs sur la planète, mais, après la lecture du roman de Romain Gary, je n’ai plus de doute : la bêtise humaine est plus grande que celle des animaux.

mercredi 25 août 2021

Michel Garneau

Le couteau de bois

Montréal, L’Oie de Cravan, 2021, 76 p., 17 $.

Histoire estivale du « ptit » frère

Plusieurs de mes maîtres et amis m’ont amené aux œuvres de Michel Garneau. Marcel Dubé, ami de son frère Sylvain Garneau; Victor-Lévy Beaulieu, son ami et éditeur; sans oublier Michel Garneau lui-même grâce à sa voix radiophonique restée moduler dans ma mémoire auditive, un don fort apprécié alors qu’on n’a jamais assez de ressources mémorielles.

L’œuvre littéraire de Michel Garneau m’est arrivée par vagues, le ressac en échappant un ici et un là. C’est Poésies complètes, 1955-1987 (Guérin littérature / L’Âge d’Homme, 1988), un recueil rétrospectif, qui m’a permis d’apprécier pleinement sa plume, tantôt conteur, tantôt dramaturge ou nouvelliste, et toujours poète.

Puis, il y a eu sa traduction de recueils de Leonard Cohen, son vieil ami, dont Book of Longin qui lui a inspiré les inoubliables Poèmes du traducteur (l’Hexagone, 2008).

Les éditions Somme toute ont, quant à eux, réédité quelques-uns de ses ouvrages, dont La première internationale de narration (2018) et Émilie ne sera plus jamais cueillie par l’anémone (2019).

Le regretté Jean Royer décrit parfaitement, dans son Introduction à la poésie (Bq, 1989 et 2009), son art d’écrire : « Michel Garneau prend le langage à la fois comme une jouissance et une communication. Sa poésie [et sa prose], qui emprunte à la langue familière, raconte souvent avec truculence, les joies et les peines de la vie sociale et individuelle. En fait, il n’y a pas de poète plus joyeux que Garneau, en même temps qu’il reste toujours politique devant les événements qui nous concernent en tant qu’humains et Québécois. »


 C’est ce qu’on observe dans ses derniers ouvrages parus aux éditions l’Oie de Cravan : Le museau de la lune (2006), Le sacrilège (2011), L’hiver, hier (2015) et cet incontournable Choix de poèmes (pas trop long) en 2019. Il en va ainsi dans Le couteau de bois, paru « à L’Oie de Cravan aux portes de l’été deux mille vingt-et-un ». En couverture, un portrait de famille peut être pris un printemps des années 1950; on y voit la mère, le père et leurs enfants, dont Michel, le benjamin, assis à la droite du papa.

Les Garneau – trois gars, deux filles, une mère primesautière et un père avare de paroles – sont à la campagne pour l’été. Le chalet familial est un lieu de rendez-vous de parents et d’amis. Tout le monde ne reçoit pas comme Pierre, le frère du «ptit» comme l’auteur s’identifie, d’artistes comme Alfred Pellan ou Gordon Webber qui profitent de l’hospitalité des Garneau pour peindre dans la nature. François Hertel, jésuite, poète et philosophe dont l’anticonformisme lui valut d’être expulsé de la communauté en 1947, est aussi un habitué.

Le couteau de bois de l’histoire est bien réel. Cadeau de son frère Sylvain, lui-même poète marquant de son époque, il remplace le vrai couteau égaré. Pour que cet objet, « gossé » à partir d’un bout de bois, ressemble plus au véritable objet, le «ptit» sable la lame jusqu’à ce qu’elle soit bien tranchante.

Un jour où un oncle, frère du père, fait visite, le benjamin, encouragé par un de ses frères ou même le silence de sa mère, blesse le désagréable invité d’un coup du couteau de bois. Il y a drame en la demeure, bien qu’on rigole sous cape. Le «ptit» est envoyé dans sa chambre jusqu’à ce qu’il s’excuse, ce qu’il ne fera pas, tout résolu qu’il est.

Ce souvenir d’enfance raconte un événement marquant à jamais l’imaginaire du benjamin, comme ce qui est juste ou pas. La photo de couverture est reprise quelques fois dans le livre, un personnage rayé d’une fois à l’autre, si bien qu’à la fin ne reste que le «ptit».

En nous identifiant au «ptit» de Michel Garneau, cela colore notre propre enfance aux mêmes teintes que la sienne.

mercredi 18 août 2021

 Dany Laferrière

Petit traité sur le racisme

Montréal, Boréal, 2021, 226 p., 24,95 $.

Concept incarné, injonction permanente

Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, premier roman de Dany Laferrière paru en 1985, suscita un certain malaise, si bien que les états-uniens refusèrent hypocritement d’en publier la traduction. Pourtant, « Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines – parmi les fondateurs d’Haïti – ont fait entrer le mot Nègre dans la conscience de l’humanité en en faisant un synonyme du mot homme. Un nègre est un homme, ou, mieux, tout homme est un nègre » [DL, Le Journal de Montréal, 28 octobre 2020]. De noble, ce mot est devenu l’odieux symbole de l’esclavage, cet état de sous-humain conféré aux populations venues d’Afrique, enchaînées dans des négriers, pour venir bâtir le nouveau continent.

L’Académicien n’a pas attendu le ressac de Black Life Matter et l’assassinat de George Floyd pour dénoncer le racisme. Ses romans, réunis sous le titre Mythologies américaines, illustrent de mille façons ce qu’est la ségrégation au quotidien du point de vue des Noirs. Petit traité sur le racisme, un essai qui vient de paraître fait le point sur sa compréhension de ce triste sujet.

Je me suis souvenu de Tout ce qu’on ne dira pas Mongo (Mémoire d’encrier, 2015) où l’auteur rappelle son apprentissage de la vie quotidienne au sein d’une communauté blanche pour qui le racisme se développe un noir à la fois. Cela masque hélas le génocide culturel, sinon systémique, que nous perpétuons à l’endroit des premières nations et que nous refusons de reconnaître.

Le traité de Dany Laferrière n’a de petit que la limite de l’analyse et des observations qu’il fait d’une idéologie aussi vaste et répandue qu’inépuisable. C’est pourquoi, en avant-propos, il circonscrit le sujet au seul racisme états-unien, un pays qu’il connaît bien pour y avoir vécu avec femme et enfants, de 1990 à 2002. Prudent, il ajoute : « Je suis conscient de marcher sur une étroite bande au-dessus du vide. L’intérêt d’un tel sujet, c’est de bien viser. » (9)

Pour ce faire, il distingue le concept de racisme de ses variants quotidiens. Un exemple pour illustrer cette distinction : seul Noir dans une soirée où il est bien accueilli, DL entend la rumeur sur la couleur de sa peau relayée en sourdine de l’un à l’autre.

La réflexion de l’essayiste n’a rien de théorique, car elle s’appuie sur 130 observations faites sur le chemin sinueux du racisme, de ses aléas continuels subis par les Afro-États-Uniens dont les combats n’ont ni fin ni cesse. Une honte nationale.

La majorité des constatations sont des instantanés glanés dans le temps et l’espace de la société états-unienne, que ce soit des événements faisant image ou le rappel de discours qui relatent le racisme et les conditions de vie des racisés. Par exemple, le passage intitulé « L’oxygène » donne à lire un poème dont les mots dessinent crument la réalité de la condamnation d’un policier pour « "meurtre involontaire" / car je ne vois pas où c’est involontaire ».

Les observations d’expériences terrain ne suffisent pas à élaborer une argumentation convaincante, car, même en les additionnant, elles sont liées aux circonstances, au temps et au lieu. En matière de racisme, comme d’autres sujets sociologiquement sensibles, les conclusions empiriques sont souvent contredites selon le côté de la barricade où on se trouve. Les écrivains sont alors appelés en renfort, leurs œuvres étant de grands secours quand elles mettent les points sur les i des discordes raciales.

D.L. rappelle, entre autres, les gestes significatifs d’Harriet Tubman (1820-1913), cette femme qui a fait « passer des esclaves du Sud esclavagiste au Nord libre. » (35) Puis, il évoque Frederick Douglass (1818-1895), un esclave adopté par un couple dont l’épouse l’éduqua au grand dam de son mari : « Pour Douglass, la leçon du jour est double : il découvre qu’il doit apprendre à lire pour comprendre le monde qui l’entoure et que la lecture est en même temps la chose la plus dangereuse au monde » (39-40).

Une des observations qui me semble représentatives de l’analyse de l’Académicien s’intitule « Contrat social » : Cette contestation a commencé / bien longtemps avant Rousseau / mais il l’a mise en mots / plus d’un siècle (1762) / dans le préambule du Contrat social,  / "L’homme est né libre et partout / il est dans les fers." / Pour certains ça n’a pas changé / et ne changera pas de sitôt. » (58)

Impossible hélas! d’étudier le racisme états-unien sans rappeler le Ku Klux Klan, dont les tisons brûlent encore. L’essayiste raconte que l’armée états-unienne, débarquée en Haïti en 1915 au nom du droit et de l’ordre, comptait sûrement parmi les militaires des sympathisants de cette société secrète, terroriste et suprémaciste blanche. « … ¨c’a dû être un cauchemar pour eux. Tu détestes les nègres (ce mot n’a pas la même signification dans la bouche d’un raciste américain que dans celle d’un Haïtien) et tu te retrouves dans un pays où les gens s’appellent "nègres" entre eux. » (62)

Le Petit traité m’a fait connaître le sénégalais Cheikh Anta Diop. Étudiant brillant, la couleur de sa peau l’a privé de la reconnaissance méritée de ses recherches universitaires, notamment celles sur l’Afrique. « L’argument du racisme, c’est que les Noirs n’ont pas pu accéder au niveau intellectuel assez évolué pour qu’on soit sûrs qu’ils font partie de l’espèce, d’où le fait qu’on peut en faire des esclaves sans état d’âme, et justement ils n’ont pas d’âme. » (196)

Petit traité sur le racisme vise à « mettre de la chair et de la douleur dans cette tragédie qu’est le racisme. » Pour accompagner cette quête bien des fois centenaire, Dany Laferrière n’a de pouvoir que celui des mots, car depuis « le début, l’alphabet renverse les puissances ou écrase les petits. On écrit pour construire comme pour détruire. Il nous faut intervenir de manière durable et en profondeur. Il faut écrire des livres qui intéressent les jeunes gens. L’autorité du livre se fait en complicité avec le lecteur. » (205)

L’importance de cet essai est capitale, j’en suis convaincu. J’ajoute à ses observations et analyses deux articles de Dany Laferrière qui sont une sorte de préambule au livre : « Le racisme est un virus » publié dans Le Devoir du 10 juin 2020 et « Une révolution invisible » paru dans Le Journal de Montréal du 28 octobre 2020. L’un que Lafontaine aurait pu intituler « Les humains malades de racisme », l’autre par « Le Nègre historique est un héros qui ne meurt pas ».

Au moment où j’écris ces lignes, le président états-unien Joe Biden vient de promulguer une loi créant un nouveau jour férié fédéral, le « Juneteenth », pour commémorer l’émancipation des derniers esclaves au Texas il y a 156 ans, le 19 juin 1865. Tout n’est peut-être pas perdu! Depuis, il y a eu l’assassinat du président d'Haïti et, hier, le séisme qui a tout détruit sur son passage, surtout enlevé des vies.

mercredi 30 juin 2021

Nancy Huston

Arbre de l’oubli

Montréal / Arles, Leméac / Actes Sud, 2021, 320 p., 34,95 $.

To be or not to be!

Redécouvrir une autrice dont les œuvres ont souvent bousculé nos certitudes par les voies détournées de la quête des personnages ou par l’analyse rigoureuse de préjugés tenaces, ce sont de telles retrouvailles qui sont survenues grâce à l’Arbre de l’oubli, le récent roman de Nancy Huston.


Ce n’est pas par hasard que je fais de la phrase de Hamlet, le drame imaginé par W. Shakespeare, le titre de cette recension. C’est pour marquer le plus nettement possible les enjeux, s’apparentant aussi aux drames cornéliens où s’opposent des choix impossibles, ceux auxquels les personnages ont à faire face et que nous découvrons à travers des intrigues, parfois inextricables, qui se déroulent du début des années 1950 à aujourd’hui, dans cinq ou six villes, états-uniennes. Sauf la toute première séquence qui a lieu à Ouagadougou, au Burkina Faso en 2016 et dont l’action est le point culminant de toutes les histoires que le livre raconte.

L’arbre de l’oubli du titre existe bel et bien, un arbre dont les personnages aimeraient profiter du pouvoir leur permettant d’oublier divers événements de leur existence. Or, le poids du temps qui passe est souvent inscrit si profondément dans la généalogie des familles, sinon des communautés, qu’ils en ont payé et paient toujours le prix.

Nancy Huston superpose certaines des plus profondes cicatrices de sociétés dont les membres n’ont d’autre choix que d’assumer les torts, sinon de tenter de briser les chaînes qui les retiennent à l’histoire et les empêchent de vivre en toute liberté. Le phare dans ces nuits de tourmente, c’est Shayna, jeune femme « marron », une litote que l’autrice a choisie pour identifier les Noirs états-uniens croisés çà et là dans l’histoire.

Shayna, qui adore la mauvaise prononciation de son prénom « qui le fait sonner comme "shine", briller, ou "shy", timide au lien de "shame", le honte » (12), a beau être au cœur du livre, la narratrice choisit de la pointer du doigt par un tu ou par un toi, et n’exprimant ses sentiments que par le poids du silence qu’imposent ses réflexions. Chacune des 47 séquences où elle est présente se conclut par ce qu’elle note dans un petit carnet noir. « Toutes les entrées [sont] en majuscules en raison des cris qui se déchaînent désormais en toi. » (11)

Arbre de l’oubli tient à la fois du roman chorale – où différentes histoires ayant des points communs sont racontées par les personnages qui y sont impliqués – et un roman polyphonique puisque la narration est assumée par le personnage concerné. À l’exception de Shayna bien évidemment.

Les parents de cette dernière sont Joel Rubenstein et Lili Rose Davington. Lui est d’une famille juive dont plusieurs membres furent victimes de la Shoa; ses parents sont Pavel et Jenka, il a un frère aîné, Jeremy, le préféré de leur mère. Elle est issue d’une famille états-unienne typique, souvent identifiée par l’acronyme WASP; ses parents sont Dave et Eileen. C’est en retraçant la vie familiale et l’éducation de Joel et de Lili Rose à divers moments, sans ordre chronologique, mais en précisant où chacun se situe puisque le milieu de vie module l’importance sociologique de la réussite ou de l’échec.

Shayna est en quelque sorte l’électron libre de ces deux familles. Elle recherche ses origines, quel que soit le prix à payer, même s’éloigner de ce qu’on a voulu faire d’elle et de sa personnalité : une jeune femme blanche dans une peau marron.

Le mal de vivre de Shayna ressemble, à maints égards, à celui ressenti par sa mère Lili Rose dont l’enfance et l’adolescence ne furent jamais un long fleuve tranquille, ses parents ayant d’autres préoccupations que de l’éduquer, une tâche qu’ils confient à des écoles de prestige pour entretenir leur statut social. Lili Rose cherche ailleurs l’affection qui lui manque, n’hésitant pas à jouer de son charme pour obtenir ce qu’elle veut. Elle grandit en développant une neurasthénie chronique qui la mène à poser des gestes inconsidérés qui laisseront des traces sur sa santé physique et mentale. Sa rencontre avec Joel et leur décision de s’installer ensemble est une question de circonstances plus qu’un véritable amour, Joel étant, à ce moment-là, prêt à tout faire pour stabiliser sa vie affective et ainsi faire taire les vains espoirs de Jenka, sa mère, d’avoir des petits-enfants.

Il faut dire que Joel est un universitaire réputé appelé à prononcer des conférences aux quatre coins de la planète, ce qui a eu, entre autres effets, de mettre un frein aux nombreux différents avec son frère Jeremy dont l’homosexualité, bien que tolérée par les siens, lui avait fait perdre, aux yeux de Jenka, l’espoir qu’il assure un jour la descendance des Rubenstein.

Avant que Joel s’installe avec Lili Rose, il avait épousé Natalie, une jeune femme rêvant de faire carrière au théâtre ou au cinéma, mais pas d’être mère. Malgré la délicatesse de Joel pour lui faire accepter d’être maman, elle refuse et se fait même avorter dans de mauvaises conditions lorsqu’elle devient enceinte. Suite à cet événement, Joel décide de rompre avec Natalie.

Joel est toujours un fervent médiateur. C’est pourquoi, lorsque Lili Rose et lui concluent qu’ils ne peuvent procréer, bien que la jeune femme souhaite ardemment avoir un enfant, il fait appel à Aretha Parker, une infirmière connue jadis dans une maternité. Aretha a une jeune sœur, Selma, qui mène une vie de misère dans le Bronx new-yorkais; il peut lui venir en aide si elle accepte de devenir mère-porteuse moyennant une somme importante. Le projet réussi, Shayna arrive dans la vie de Lili Rose et Joel pour leur plus grand bonheur et celui des grands-parents, malgré la couleur de la peau de l’enfant.

Au fur et à mesure que Shayna vieillit, elle prend conscience de la discrimination dont elle subit les affres de plus en plus difficiles à gérer jusqu’à ce qu’elles deviennent totalement inacceptables à ses yeux. S’amorce alors une longue quête d’identité dont la recherche de sa mère biologique peut être un point tournant. Nancy Huston, sûrement consciente du puzzle qu’une telle recherche identitaire peut représenter, n’hésite pas à appeler un chat un chat, mais jamais un noir un noir. Ce faisant, elle évite le jugement de l’appropriation culturelle, comme elle le fait pour la famille juive de Joel, et se concentre sur l’être humain qu’est Shayna. Cette dernière a une amie indéfectible, Felissa, qui va l’accompagner dans la traversée de ce désert que représente pour elle de faire, à rebours, le chemin depuis sa mère biologique – le père biologique étant Joel – jusqu’à assumer pleinement sa « négritude » en refusant tout compromis. C’est aussi grâce à cette amie que Henri, un médecin d’origine haïtienne engagé dans Médecins sans frontières, entre dans sa vie.

Nancy Huston brosse ici une grande fresque socioculturelle à travers l’histoire de familles semblables dans leurs différences et leurs préjugés. Elle raconte sans autres ambages que l’authenticité des duels entre les personnages, sinon avec eux-mêmes.