mercredi 16 décembre 2020

Étrennes 2020

Des livres et des bulles de toutes sortes

Je ne sais pas pour vous, mais chez nous le temps des Fêtes sera en modèle réduit, le présent le mieux approprié cette année est de préserver la santé de ceux qu’on aime. C’est dans cet esprit que je vous propose six livres choisis tant pour leur qualité matérielle que la littéralité propre à chacun. Ce sont des ouvrages que vous voudrez laisser à la portée de la maisonnée pour les semaines, voire les mois à venir. Puis, pourquoi ne pas jouer avec le mot « bulle » si populaire en 2020. Il y a les bulles qui sont « des espaces personnels où on se sent en sécurité », mais il y a aussi les bulles du champagne, du vin ou du cidre mousseux, alcoolisé ou non, sans oublier les bulles papales, ces édits qui ont souvent fait trembler les colonnes du temple aux temps jadis.

Tristan Demers

Tintin et le Québec : Hergé au cœur de la Révolution tranquille, nouvelle édition revue et augmentée

Montréal / Bruxelles, Hurtubise / Éditions Moulinsart, 2020, 176 p., 34,95 $.

En haut de la courte liste de suggestions, il y a Tintin et le Québec : Hergé au cœur de la Révolution tranquille, nouvelle édition du livre de Tristan Demers paru en 2010. Le journaliste à la houppette blonde apparut en Belgique, en 1929. Ses albums mirent du temps à traverser l’Atlantique et arrivèrent dans les années 1945-1950. Ce n’est pas que la bédé était absente de notre culture, car, bien avant, les caricatures et les bédés des Québécois Albéric Bourgeois et Albert Chartier ont fait dire à certains observateurs que leurs œuvres sont à l’origine de la bédé.

L’ouvrage de Demers, lui-même enfant prodige de la bédé québécoise, reçut un accueil chaleureux bien mérité. Le Johannais François Cloutier, chroniqueur bédé à Lettres québécoises, concluait que : « Tristan Demers nous présente une œuvre extrêmement fouillée, abondamment illustrée, qui sait éviter le piège de la "surabondance graphique". À travers la visite d’Hergé, c’est le fourmillement du Québec des années soixante que Tristan Demers montre. »

Je partage pleinement ce point de vue, car l’essai-album fait une véritable quête de la psyché québécoise relative à ce héros d’une autre époque, devenu, en son temps, une légende au Québec. Non seulement Hergé est-il venu chez nous en pleine Révolution tranquille (1965), mais il a accepté qu’on en fasse le personnage principal d’un radioroman, une aventure que l’essayiste Demers raconte avec force détails.

« Dans une maquette entièrement revue, cette nouvelle édition est enrichie de textes, d’images et de documents d’archives inédits qui retracent, à la manière d’un journal de bord, le voyage d’Hergé dans la Belle Province. L’auteur y évoque en parallèle le parcours de Tintin, un héros bien ancré dans l’imaginaire collectif des Québécois. »

Sophie Imbeault

Une histoire de la télévision au Québec

Montréal, Fides, 2020, 536 p., 39,95 $.

Du radioroman de Tintin, passons aux téléromans et autres téléséries québécoises telles que Sophie Imbeault les a répertoriés, analysés et présentés de façon détaillée dans Une histoire de la télévision au Québec.

Ce livre, abondamment illustré, fera revivre, je peux en témoigner, de nombreux souvenirs aux lectrices et lecteurs qui ont plus de 20 ans. Comme le suggère la maison d’édition, le « scénario est prêt, les décors sont en place. Entrez dans les coulisses d’un patrimoine incomparable, la télévision, qui a connu des débuts remarqués au Québec le 6 septembre 1952. Le temps de quelques pages, revivez avec nostalgie la magie de ces images qui se veulent éphémères mais qui ont pourtant fait date. »

Il faut rappeler que nous avons longtemps entretenu un rapport intime avec ce médium, au point où, durant les 194 épisodes de La famille Plouffe, diffusées de novembre 1953 à mai 1957, les rues de la métropole étaient désertes. Cet exemple peut étonner, mais il n’est pas unique au roman de Roger Lemelin mis en images, car même les combats de lutte du mercredi soir ou la soirée du hockey du samedi vidaient littéralement les rues des villes.

La recherche exigée par le projet de Sophie Imbeault est une immense entreprise dont les résultats sont probants. Puisqu’il s’agit d’un livre d’Histoire – le H majuscule s’impose – il allait de soi qu’elle le divise selon les périodes de temps couvertes. Il y a ainsi les débuts de la télé, de 1952 à 1965; puis, elle s’intéresse à la télévision québécoise pendant la Révolution tranquille, 1966-1979; vient le passe-temps préféré des Québécois, de 1980 à 1994; avec l’arrivée des chaînes en continu, c’est l’histoire qui se vit en continu, de 1995 à 2006; enfin, nous assistons aujourd’hui à la dématérialisation de l’écoute de la télévision, de 2007 à 2020. Chacune des sections s’intéresse à la télé comme objet et comme industrie, puis s’arrête sur les productions de l’époque qui l’encadre.

« Dans ce livre, vous retrouverez plusieurs des téléromans et téléséries préférés ou d’autres oubliés, des téléthéâtres marquants, des émissions jeunesse qui ont fait rêver, des comédies incontournables, sans oublier les principales émissions sportives, culturelles, d’affaires publiques et de variétés, ainsi que des jeux et des publicités. On rencontre aussi quelques-uns des artisans phare de la télévision qui n’ont eu cesse d’avoir le public au cœur de leurs préoccupations, que ce soient les scénaristes, réalisateurs, comédiens, animateurs, techniciens, menuisiers, peintres, machinistes, décorateurs, illustrateurs, caméramans – hommes et femmes – qui ont travaillé d’arrache-pied pour offrir des productions de qualité. »

John Steinbeck et Rébecca Dautremer

Des souris et des hommes, traduit de l’anglais par Maurice-Edgard Coindreau

Québec, Alto, 2020, 420 p., 42,95 $.

Puisque tout est dans tout, en lisant l’essai de Sophie Imbeault, je me suis rappelé du remarquable téléthéâtre tiré de l’œuvre de John Steinbeck Des souris et des hommes dont Jacques Godin et Hubert Loiselle présentèrent une inoubliable prestation de comédiens de cette œuvre, scénarisée par Guy Dufresne et réalisée par Paul Blouin, en 1971. Or, les éditions Alto ont récemment fait paraître une version illustrée de « l’œuvre phare de John Steinbeck, récipiendaire du prix Nobel de littérature de 1962, [qui] trouve un nouveau souffle et de nouvelles teintes sous le crayon et la gouache de Rébecca Dautremer. La grande dessinatrice française fait revivre ce classique pour en faire un roman graphique hors-norme et envoûtant.

Dans une Amérique plongée dans la Grande Dépression, Georges et Lennie, deux ouvriers agricoles, voyagent à travers la Californie en rêvant d’une vie meilleure. Leur destin se jouera en quelques jours dans un ranch où se croisent les âmes solitaires et les laissés-pour-compte. Il y a Slim, le roulier magnifique; Crooks, le palefrenier noir; Candy, écrasé par une vie de labeur; Curley, le teigneux fils du patron, et sa femme.

L’histoire de Lennie, le colosse doux et simplet aux mains trop puissantes, et de George, son compagnon débrouillard et taciturne, nous fait basculer du côté sombre du rêve américain et a marqué des générations de lecteurs. »

Collectif

Fauna : un fascinant voyage au cœur du monde animal

Montréal, MultiMondes, 2020, 336 p., 49,95 $.

Ma quatrième proposition est celle d’un immense livre : Fauna : un fascinant voyage au cœur du monde animal. Vous dire le nombre d’heures que j’ai consacrées à parcourir ce vaste laboratoire visuel tout en m’attardant à ses nombreuses informations vous surprendrait. « Comment expliquer l’innombrable variété des formes de vie animale? Pourquoi les oiseaux ont-ils des ailes? Comment les antennes des abeilles ont-elles pu se développer? Quel est le rôle des couleurs éclatantes de certaines grenouilles? Pourquoi les loups, comme bien des mammifères, ont-ils un pelage? Un beau livre qui saura satisfaire la curiosité de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux animaux. Assorti de photographies époustouflantes et riche de multiples anecdotes sur la communication, la prédation, la migration ou la séduction, Fauna révèle la beauté sauvage d’un monde animal incroyablement diversifié, des plus petits insectes aux majestueux éléphants. »

Comme Chris Packham – naturaliste, journaliste, auteur et photographe – l’écrit en préface «"La beauté est séduisante, la vérité essentielle et l’art assurément la plus pure de réactions de l’humanité face à ces idéaux. Mais qu’en est-il de ce trait profondément humain lui aussi : la curiosité? Selon moi, la curiosité est le carburant de la science, qui n’est autre que l’art de comprendre la vérité et la beauté. Ce très beau livre présente une fusion parfaite de ces trois vertus. Il célèbre l’art, révèle d’éclatantes vérités et attise la curiosité pour les sciences naturelles."»

Dominique Fortier

Les villes de papier

Québec, Alto, coll. « Coda », 2020, 192 p., 15,95 $.

Impossible de termine cette année sans rappeler ce livre pour lequel l’écrivaine et traductrice Dominique Fortier a reçu le prix Renaudot de l’essai 2020. Recensé ici lors de sa sortie en 2018, l’ouvrage raconte un peu du personnage que fut l’écrivaine états-unienne, Emily Dickinson. Qu’elle aurait été bien dans cette ère de confinement, elle qui fuyait la vie et les gens hors de la propriété familiale! Comme dans Au péril de la mer (Alto, 2015), l’autrice insère, dans la trame du récit, des apartés racontant un séjour familial prolongé à Boston et sur la côte Atlantique. Elle mentionne aussi ses recherches sur Dickinson et Gabrielle Roy dont la proximité lui permet de mieux éclairer leurs œuvres. Ces détours dans sa vie personnelle donnent aussi du poids à la réalité de son personnage et à la vie qu’elle lui a inventée.

Zoé Lalonde, Dominique Fortier et les illustrations d’Amélie Dubois

Violette et Fenouil ou La véritable histoire de la princesse et de la grenouille

Montréal, La bagnole, 2020, 32 p., 24,95 $

Impossible de terminer ces suggestions sans dire un mot de cet album fait de texte et d’images, le fruit d’une rencontre parents-enfants, alors que des élèves de maternelle les ont invités à présenter leur profession devant leur classe. « Comme je suis écrivaine [de raconter Dominique Fortier], j’ai imaginé avec Zoé d’écrire une histoire à lire aux enfants puis de leur distribuer le texte et de le leur faire illustrer ». Transformer de la classe à un livre, il y a tout un monde que l’enfant et la mère ont vécu une étape à la fois, l’illustratrice Amélie Dubois s’étant jointe à elles pour faire vivre les personnages inventés par l’enfant. Le vieil homme que je suis a ressenti grand plaisir à suivre la princesse Violette et Fenouil son prince grenouille. Enfin, une œuvre de science-fiction qui me rejoint.

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