mercredi 1 novembre 2017

David Dorais
Que peut la critique littéraire?
Québec, L’instant même, coll. « Trajectoire », 2017, 132 p. 16,95 $.

De l’utilité du critique

Que peut la critique littéraire? : voilà l’essai de David Dorais publié à la rentrée et dont le sujet m’a nécessairement interpelé. L’auteur y dresse un constat de la situation actuelle du monde de la critique au Québec et suggère ce qu’elle pourrait être.
Ce livre me fut un prétexte pour relire des pages de Théorie de l’art et des genres littéraires (Édition de l’École, 1965) de Suberville qui est ma première et ultime référence en matière de concepts théoriques de la littérature; de l’Histoire de la littérature québécoise (Boréal, 2007) de Biron, Dumont, Nardout-Lafarge, le plus récent et le plus complet panorama de ce qui s’écrit chez nous; de Métier critique : pour une vitalité de la critique culturelle (Septentrion, 2014) de Voyer-Léger; et de quelques articles glanés au fil des ans portant sur cette vaste question.




David Dorais, décline-t-on en quatrième de couverture, détient un doctorat en langue et littérature, et il a enseigné au cégep et à l’université. Il a publié des nouvelles, un roman et des critiques littéraires. Avec un tel bagage, je m’attendais naïvement à une étude qui développe un point de vue novateur sur une discipline mal connue. J’ai plutôt trouvé un guide basique d’analyse littéraire s’appuyant sur quelques généralités ou, pire, sur des exemples restrictifs.
Réglons une chose dès maintenant : selon la typologie classique des genres littéraires, la critique littéraire est une forme d’essai dont elle respecte les règles en les adaptant au moyen de la communiquer. Un article dans un média grand public peut être aussi valable que celui publié dans une revue spécialisée sur le même sujet, mais leur niveau de discours est différent comme le serait l’échange entre un médecin et un pharmacien sur un médicament, et entre l’un ou l’autre et un patient sur le même remède.
L’essayiste Dorais présente d’abord ses observations sur « la critique de proximité » qu’il considère comme le mal récurrent de la critique littéraire actuelle au Québec. Il explique ce concept en décrivant ses « quatre caractéristiques » : réalisme, émotion, thématique et optimisme. Cela se résume à dire qu’il n’y a chez nous qu’un genre de livres, des fictions narratives (romans, nouvelles, récits, etc.) qui racontent du vrai, qui suscitent et entretiennent les émotions tout en évitant d’aborder des thèmes exigeant de la réflexion, et dont la trame dégage ipso facto un sentiment de joie de vivre.
Quelle belle unanimité des critiques ce serait qui souffrent de consanguinité avec l’institution littéraire au grand complet!
Comment alors, dans ce lamentable état des lieux, redorer le blason de la critique littéraire? David Dorais explore deux pistes pouvant permettre de se sortir de ce marasme, de cette gangue : l’analyse du style et l’étude de l’imaginaire de l’auteur dans son œuvre. C’est ce qu’on appelle, plus modestement, l’abc de l’analyse littéraire, laquelle s’intéresse au fond et à la forme du texte, ce qui permet, entre autres, de « distinguer un texte littéraire des autres » en étudiant l’originalité et la pertinence de sa littérarité.
L’essayiste a certes raison de souligner que la critique journalistique actuelle s’intéresse plus au livre qu’à la démarche de l’auteur et, parfois, plus à l’écrivain qu’à son œuvre. On se soucie peu ou pas du lexique et de la grammaire, des impératifs que doivent respecter les littéraires. Il en va de même pour le génie créatif qui leur permet d’imaginer des univers, d’y faire vivre des personnages, ici ou ailleurs, hier ou demain, et de rendre leurs tribulations intéressantes au plus haut point. Qui peut être contre de tels parangons de vertu?
Là où je ne partage pas l’opinion de l’auteur, c’est lorsqu’il écrit « que parler de style revient plus ou moins à parler de grammaire. » Comme je le répète depuis des lustres : le style, c’est la personnalité littéraire que l’écrivain s’est créé un livre à la fois. Il arrive parfois que cette empreinte soit rapidement identifiable, je pense ici à Réjean Ducharme, mais cela est très rare. Je suis d’avis qu’il en va du style d’un écrivain de celui du peintre ou du musicien dont on reconnaît sur-le-champ la personnalité du coup de pinceau ou de l’harmonie.

Tout de l’étude de Que peut la critique littéraire? n’est pas faux, mais la grille d’analyse et le style que devrait épouser la critique selon David Dorais me semblent d’un dogmatisme suranné. Notre littérature traverse une période faste, et il va de soi que l’utilité et la manière de faire de la critique littéraire sont remises en question. À cela s’ajoute le désengagement de la presse écrite à son endroit sur lequel je pourrais épiloguer. C’est d’ailleurs pourquoi je me considère privilégié d’avoir un vaste espace dans un des hebdomadaires les plus prestigieux du Québec où parler de notre littérature sans autre contrainte que le respect du code d’éthique de la presse québécoise.

3 commentaires:

  1. Si le "vaste espace dans un des hebdomadaires les plus prestigieux" est Canada-Français, je dois dire qu'il est plus facile de trouver les billets de votre blogue que vos chroniques dans ce journal où le mot "livre" est absent et où il n'y a pas de sections sous "Culture". Triste.
    Billets que je lis par ailleurs avec beaucoup de plaisir.

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  2. Merci de l'intérêt que vous portez aux écrivains d'ici et à mon travail de passeur. Vous avez raison en ce qui concerne Le Canada français dont les articles sont disponibles qu'aux abonnés. Sachez que les textes alimentant mon blogue sont les mêmes revus et corrigés publiés dans l'hebdo avec trois ou quatre semaines de décalage. Salutations cordiales!

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    1. Bien heureuse de l'apprendre. Je poursuivrai donc mes lectures ici.

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