mercredi 5 janvier 2022

Robert Bernier

Clair-obscur : biographie de Tex Lecor

Montréal, Québec Amérique, 2012, 288 p., 39,95 $.

Allumer les réverbères de l’imaginaire II

Le temps des Fêtes de mon enfance se terminait le 6 janvier, jour de l’Épiphanie ou de la fête des Rois, rappelant la visite des mages Melchior, Balthazar et Gaspard à l’enfant naissant pour lui rendre hommage. À la collation ou au repas, il était coutume de manger la galette des Rois dans laquelle on dissimulait une fève pour que celle ou celui qui la trouvait devienne reine ou roi du jour. En 2022, étant tous en circonvolutions fuyant les frères virus, je vous propose deux beaux livres tant par leur vestimentaire coloré et leur design tout en détail que par la découverte d’univers parfois dans le lointain de notre quotidien, dans des ailleurs dépourvus du poids de l’espace-temps. Cette semaine, accueillez Paul Tex Lecor et Sylvain Daignault.


 Mon épiphanie par-devers Paul Tex Lecor fut jadis la découverte de ses toiles et les émotions qu’elles ont suscitées chez moi. J’anticipais d’avoir en mains Clair-obscur : biographie de Tex Lecor, d’autant plus que c’est l’historien de l’art québécois, Robert Bernier, qui en est le guide.

Paul Tex Lecor est entré dans la vie de nombreux Québécois, d’abord par sa musique de chansonnier distinct de toute la colonie des années 1960, puis par les nombreuses émissions de radio où il s’est révélé un amuseur public de grand talent capable de tirer un sourire, sinon un rire franc, aux plus ennuyeux des gens.

L’univers du parolier Lecor était à mille lieues de ma vie d’ado, semblable à ceux de Claude Dubois. Je pense à « Rue Sainte-Famille » : « Autour de toi / Démolitions, boulevards et boîte à savon / Su’l prétexte d’avancement… » (217) Le biographe a retenu une dizaine de chansons et les a insérées dans son récit selon le thème ou la mise en contexte appropriée.

Avant cette vie sous les projecteurs des médias, le biographe décrit l’ancrage le plus important de Lecor : sa famille. Il y a Henri-Paul Lecorre, son père, son héros et sa Rosalie – lisez et vous apprendrez qui elle est –; sa mère Rose-de-Lima; son frère Jean-Claude et sa sœur Louisette. Notez au passage l’orthographe d’origine du patronyme : Lecorre. Puis, il y a Louise, Loulou, sa seule compagne et leurs trois enfants.

Je ne reviens pas sur sa carrière publique évoquée plus haut, convaincu que le récit qui en est fait rappellera à plusieurs de bons moments de rigolade comme Tex et ses compagnons savaient en créer.

J’ai souligné plus haut les toiles du peintre Lecor et le fait que ce soit Robert Bernier qui signe cette biographie. Le lien est simple : ce dernier a signé plusieurs monographies de peintres québécois, dont Jean-Paul Riopelle : des visions d’Amérique (1997), La peinture au Québec depuis les années 1960 : les frontières imprévisibles (2002) et Miyuki Tanobe (2004). Il a aussi collaboré à Paul Tex Lecor : mon monde pour vous (2013), un album illustré de nombreuses œuvres du peintre.

Or, il s’agit ici d’une biographie plus près de l’album de photos de famille et d’éphémérides glanées au fils des ans d’une vie et d’une carrière qui sont tout sauf ennuyeuses. Bernier en profite pour faire la part belle à la carrière de peintre de Paul Lecor pour qui la pratique de cet art était « une passion qui ne s’éteindra jamais ».

Paul Lecor est entré à l’École des beaux-arts de Montréal en septembre 1951, en même temps qu’Armand Vaillancourt. C’était l’époque du « grand chambardement en peinture », celle de Borduas et du manifeste Refus global (1948). Pourtant, le peintre Lecor était plutôt du côté de « l’école de Henri Julien » (1852-1908), cet artiste dont les toiles s’avèrent une suite de fresques relatant de façon hyperréaliste la vie québécoise au 19e siècle. Les reproductions de toiles de Julien et de Lecor illustrent bien cette filiation. Scrutez les œuvres picturales choisies pour illustrer le livre, particulièrement sa dernière partie, et vous verrez sans aucun doute l’influence de l’aîné sur son cadet. Soyez aussi attentifs aux pages consacrées à « l’art de lire des tableaux », voire de toute autre œuvre d’art, Robert Bernier y donne de précieux conseils pour quiconque s’intéresse à ce vaste sujet et souhaite baliser sa façon d’appréhender l’esthétique d’une peinture.

Chose certaine, la vie de Paul Tex Lecor est tout sauf banale, ce que sa biographie illustre.


Sylvain Daignault

Québec insolite

Saint-Constant, Broquet, 2021, 184 p., 29,95 $.

C’est arrivé chez nous

Je termine ce périple sur la route qui nous amena à la nouvelle année par un chemin de traverse pour le moins distrayant proposé par Sylvain Daignault. Ce dernier nous invitant à découvrir le Québec insolite.


« Saviez-vous qu’on corps momifié a déjà été exposé à la vue de tous durant plusieurs décennies à l’Université de Montréal? Que Maurice Duplessis a déjà accusé les communistes d’avoir fait exploser un pont? Que le premier service organisé de livraison de nourriture par un restaurant a été inventé par une chaîne de rôtisseries bien connue? Qu’un espion allemand plutôt maladroit a débarqué en Gaspésie en 1942? Ou encore qu’un bombardier s’est écrasé sur le quartier Griffintown en 1944?

Que dire également de l’épidémie de vols de cadavres qui secoue tout le Québec au 19e siècle ? Ou de ces employés d’une usine de Longueuil qui ont travaillé dans le plus grand secret sur le train d’atterrissage du module lunaire américain?

Du village disparu de Hochelaga à la construction du REM au cœur du centre-ville de Montréal en passant par une bière de microbrasserie qui fait changer un règlement de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec, Québec insolite fait découvrir des événements surprenants de l’histoire du Québec.

Certains ont déjà fait les manchettes, fait parler d’eux, suscité des débats. D’autres au contraire n’ont eu droit qu’à un entrefilet dans un journal avant de disparaître dans les limbes de l’oubli pour toujours. Enfin, certains de ces événements sont restés dans l’ombre, cachés, à l’abri du moindre regard.

Ce livre grand format abondamment illustré propose de revenir de façon plaisante et instructive sur quelques-uns de ces événements méconnus ou oubliés. Rédigées dans un style dynamique, certaines de ces histoires vous feront sourire. D’autres au contraire vous donneront froid dans le dos! »

Bonne et heureuse année à toutes et tous!

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