mercredi 24 janvier 2018

Roger Des Roches
Faire crier les nuages
Montréal, Les Herbes rouges, coll. « Poésie », 2017, 196 p., 18,95 $ (papier), 13,99 $ (numérique).

« Éloge au chaos »

Après une longue séquence de lectures de proses narratives, je m’éloigne de tous ces univers fictifs pour revenir à l’essentiel de la littérature, le poème. J’amortis la chute du haut des nuages des pays inventés sur la terre grasse et riche des mots qui éclatent en bulles, évoquant dans l’esprit du lecteur des images à ne plus savoir qu’en faire, en empruntant les routes d’un essai comme ces entretiens sur la création de Jean Royer recensés l’autre jour.
J’entreprends ainsi l’an nouveau avec, pour compagnon de route, Faire crier les nuages, le 39e livre que publie Roger Des Roches depuis Corps accessoires paru au Jour en 1970, cet éditeur de tous les possibles, pollinisateur d’une vaste ruche dont tant d’abeilles tournoient et bourdonnent toujours au sommet de la littérature québécoise, même 50 ans passés.




Oui, Roger Des Roches est de cet essaim où il est resté le temps de deux ouvrages avant de passer chez celui des frères François et Marcel Hébert, à l’enseigne de la revue Les Herbes rouges, dont les 202 numéros sont désormais disponibles sur le site la BAnQ, d’érudit, devenue maison d’édition en 1978. Fidèle à cet éditeur depuis, il a publié grosso modo un recueil de poésie par année, sauf une intermission d’une dizaine d’années où il a plongé, avec succès, là où on ne l’attendait pas, dans l’univers de la littérature jeunesse.
J’avoue candidement que j’ai suivi à distance sa production, n’étant pas à l’aise de recenser une poésie aux formes « dictées par la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale », une poésie inspirée du surréalisme d’André Breton. La critique d’ici a d’ailleurs souvent écrit que l’œuvre de R. Des Roches était une « recherche formelle, traitement des mots comme pures sonorités, éclatement sémantique, confusion du discours, abolition des conventions… »
Chose certaine, son œuvre poétique s’est transformée et le formalisme d’autrefois n’a plus les aspérités rébarbatives d’alors aux yeux des modestes lecteurs de poésie. Avec Faire crier les nuages, un énorme recueil de 172 poèmes en vers et en proses poétiques, je constate que si l’urgence et la spontanéité de dire sont toujours présents, une certaine sérénité se dégage de l’ensemble.
Ne cherchez pas de sens formels ou même alchimiques aux vers ou même aux poèmes. Il vaut mieux vous laisser porter par les images en faisant bondir votre regard, attentif, des unes aux autres comme si une vaste féérie vous émerveillait. Surtout, ne tentez pas de comprendre l’intention du poète, laissez plutôt votre esprit créer son propre chemin vers un panorama intérieur de sensations, puis, petit à petit, de sentiments bons ou mauvais. Comme l’écrit Gérald Gaudet en entrevue avec Des Roches : « Toi, tu construis; moi, je suis un lecteur. Je suis amené à créer mes propres liens, à bâtir ma propre histoire, à composer mon livre en fait. »
C’est bien de parler de cette poésie, mais vaut mieux que je vous propose un passage qui, à mon avis, illustre la proposition de l’auteur : « Neige capitale, l’œil moisi, ce petit agenouillé, le petit en communion, dos droit, ventre qui devine contours et avenir. Un jour, territoires toujours flous, il fera le fiévreux, la musique sera l’orage, la correction, la soupe. Il hallucinera, les remords troués, les jambes fumées à l’idée d’habiter à jamais cette caverne aux bêtes exigeantes. » (p. 61)
Puis, ce qui semble être le titre des poèmes n’est pas toujours en lien avec les mots qu’il surplombe. Cependant, si on s’amuse à lire ces intitulés à la queue leu leu, on a raison de constater qu’ils sont eux aussi un poème, un long poème qui embrasse tous les thèmes.

Quelle agréable façon que d’avoir débuté l’année 2018 en rafraîchissant son imaginaire à l’aune de la poésie de Roger Des Roches!

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